Accueil du site > Formations > Actualités > Archives > Interview de Tamara PAGE-JONES, ex-membre de l’Equipe de France jeune en (...)
Dernière Mise à Jour : 5 mai 2014

Interview de Tamara PAGE-JONES, ex-membre de l’Equipe de France jeune en formation BP Golf

Au moment où les inscriptions pour le BP Golf session 2014-2016 débutent au CREPS de Bordeaux, nous vous proposons l’interview de Tamara PAGE-JONES, ancienne golfeuse de l’Equipe de France jeune et seule femme inscrite dans la promotion 2013-2015 qui se termine fin mai 2015. Elle nous raconte son parcours, et sa formation à un BP Golf qui souhaite ouvrir largement ses portes aux stagiaires féminines, à l’image de la politique de la fédération, et qui offre un débouché professionnel à plus de 90% de ses diplômés. 

Tamara, peux-tu nous parler de ton parcours dans le golf et comment tu l’as conduit en lien avec ta vie personnelle ?

"J’ai commencé le golf à l’âge de 10 ans grâce à mon père. J’ai très vite accroché, et dès l’âge de 12 ans j’ai commencé à faire beaucoup de compétitions, beaucoup d’entraînements. J’ai fait mes premiers championnats de France à 13 ans, et j’ai très vite intégré à cette époque le groupe France, donc à chaque période de vacances, on avait des regroupements et des entraînements. Les filles et les garçons étaient regroupés, mais on avait deux coaches différents. A partir de là, au niveau des compétitions, on a commencé à voyager, à partir à l’étranger. J’étais en Equipe de France moins de 16 ans, puis moins de 18 ans, et moins de 21 ans, pour différents championnats européens. Le championnat d’Europe des moins de 21 ans était à MOSCOU, des moins de 18 ans en SUEDE, et l’European Young Masters (moins de 16 ans), à TURIN"

Est-ce que les voyages ont renforcé ta motivation ?

"Tout à fait ! C’est toujours très enrichissant de voyager, de se confronter à des étrangers. Voir leur façon de jouer, leur façon de s’entraîner, pouvoir comparer, prendre les bonnes choses chez les uns...c’est très motivant."

Une question qui me vient... j’avais entendu parler des suédois, qui d’une certaine manière étaient très "normés" dans leur pratique du golf, et qui étaient allés aux Etats-Unis pour trouver une culture de la singularité pour "sortir du moule", et une culture de la gagne. Est-ce que cela te paraît juste ?

"J’ai une expérience des Etats-Unis car j’y suis partie après mon bac, à l’université. J’ai obtenu une bourse, et c’est vrai que leur conception du golf est vraiment différente. Ce qui est intéressant là-bas, et je te rejoins par là concernant les suédois, c’est effectivement la culture de la gagne, on est beaucoup moins dans la technique, dans la gestuelle comme on peut l’être en France. J’ai baigné dans la technique et quand je suis arrivée là-bas ça a été très différent. Et c’est vrai que ça fait du bien et c’est ça l’essence du jeu, au final !"

PAGE-JONES, d’où vient ce nom ?!

"Mon père est anglais"

Et dans le golf, l’Angleterre se rapproche de cette conception des Etats-Unis ?

"Alors pour moi les anglais jouent beaucoup plus au golf en pensant au jeu, vraiment au jeu. Déjà dans beaucoup de golfs en Angleterre il n’y a pas de "practice", donc ils jouent beaucoup plus sur le terrain je pense. Ils sont très friands de matchs, de rencontres entre les clubs, de match-play, oui, je pense qu’ils jouent plus que nous."

Quand as-tu arrêté ta carrière professionnelle et avant cela, comment l’as-tu articulée avec ta vie personnelle ?

"Alors déjà je n’ai jamais été professionnelle, je suis toujours restée amateur. Mon but, quand j’étais jeune, c’était de devenir golfeuse professionnelle, ça a toujours été mon objectif. Après pour diverses raisons, en 2004 j’ai été blessée, j’ai arrêté. Ce n’était pas une période facile, j’étais rentrée des Etats-Unis, et par rapport au golf c’était dur de revenir ici. J’ai voulu faire une pause, et j’ai eu ma première fille en 2005, ma deuxième fille en 2006, et à partir du moment où j’avais des enfants, je voulais vraiment m’en occuper. Donc j’ai fait une parenthèse de 2005 à 2013"

As-tu travaillé ou fait des études, en parallèle ?

"Oui, j’ai travaillé pour une société de traduction, basée à Londres, vu que je suis bilingue. Cela me permettait de travailler de la maison tout en m’occupant de mes filles. J’ai travaillé 5 ans pour cette société. Et j’ai coupé avec le golf pendant cette période, parce que je n’arrive pas à faire les choses à moitié ! Beaucoup de gens m’ont dit "reviens jouer, viens faire quelques parties"...j’ai fait quelques parties pendant ces années, mais assez peu parce que c’était beaucoup de frustration au final."

Comment est venue la motivation pour t’engager sur la formation au BP (brevet professionnel) golf, qui a commencé pour toi en octobre 2013 ?

"Premièrement le golf me manquait beaucoup, ça c’est la première chose. Deuxièmement, cela faisait quelques années que j’avais abandonné l’idée d’être joueuse professionnelle, car avec une famille, c’est plus difficile. Et gagner sa vie à ce jour dans le golf féminin c’est compliqué, à moins d’être aux Etats-Unis parmi les meilleures."

Combien de femmes gagnent leur vie dans le monde en tant que golfeuses professionnelles ?

"En nombre je ne saurai pas te dire, je n’ai pas les gains en tête, mais c’est vrai qu’aux Etats-Unis il y a plus d’argent chez les filles, car il y a plus de joueuses. C’est pour cela qu’arrivées à un très bon niveau, elles cherchent à aller aux Etats-Unis et à jouer là-bas. Donc pour continuer, le golf me manquait, et cela faisait 2 ou 3 ans que je donnais des cours d’anglais, et je me suis dit que je me retrouvais bien à transmettre, à enseigner le golf. Cela a été comme un déclic en fait."

Est-ce le fait d’être bilingue, outre ton parcours dans le Haut-Niveau, est un atout supplémentaire dans l’enseignement du golf ? Quelle est la place de la langue anglaise dans le golf ?

"Le fait d’être en Bretagne amène à travailler beaucoup avec les Anglais, qui prennent le bateau pour venir jouer chez nous. Ensuite la maîtrise de l’anglais permet de voyager et d’aller enseigner à l’étranger, étant donné que l’on a un diplôme valable dans plusieurs pays. C’est donc un gros plus."

L’anglais est-il incorporé à la formation BPJEPS du CREPS de Bordeaux ?

Michel Barjou (responsable de la formation) : "Oui, nous avons fait le choix d’incorporer une option obligatoire anglais dans la formation. Nous estimons que c’est une plu-value pour un sport anglo-saxon. Le niveau n’est pas très poussé, mais vise à donner les bases pour accueillir un public anglais et un petit lexique technique pour guider pédagogiquement des étrangers. ça fait la différence en termes de débouchés professionnels."

Tamara Page-Jones : "A partir du moment où on travaille dans un golf saisonnier, comme il y en a sur les côtes, on est amené parfois à avoir un public étranger, donc pouvoir donner un cours de golf en anglais c’est quand même un atout."

Quels avantages ou difficultés as-tu vécus en tant que femme dans ta carrière ou dans le milieu du golf d’une manière générale ?

"Au niveau où j’étais, amateur, cela n’a pas trop été un inconvénient, on était encadré de la même façon que les garçons. Je n’ai pas trop ressenti de différences à ce niveau-là. En revanche c’est quand on devient professionnel que la différence apparaît vraiment. Au niveau des gains, au niveau du nombre de compétitions, de tournois proposés."

Michel Barjou : "en termes de moyens aussi, au niveau des contrats de joueuses, c’est compliqué à obtenir. Car le joueur, comme au tennis, doit trouver des partenaires, des sponsors. Et ce sont des sommes très importantes si on regarde le coût des tournois..."

Tamara Page-Jones : "Là par exemple, les filles ont commencé leur saison par un tournoi en Nouvelle-Zélande, c’est un gros budget qu’elle supporte par leurs propres moyens, donc il faut vraiment trouver des partenaires. Je rajouterai qu’à mon époque, après le bac c’était très compliqué de continuer le golf à haut niveau en France, tout en faisant des études. C’est pour cette raison que je suis partie aux Etats-Unis en 2001, où j’ai trouvé exactement ce que je voulais, c’est à dire entraînement chaque après-midi, trois séances de musculation par semaine le matin, mais en revanche on suivait un cursus universitaire normal."

Comment vis-tu le fait d’être la seule femme dans la promotion ?

"Depuis petite, dans le golf pendant dix ans j’étais la seule fille, donc j’ai toujours été habituée et ça ne m’a jamais dérangée. Je m’entends de manière générale bien avec les garçons, et dans la promo ils sont tous très sympas, il y a une bonne ambiance et honnêtement ça ne me pose aucun souci d’être la seule fille."

Conseillerais-tu aux filles qui ont le niveau pour intégrer le BP d’y venir même si c’est un milieu assez masculin ?

"Si on veut que ça évolue, il le faut ! Déjà on n’a pas beaucoup de filles, donc ce serait bien que ça se développe, que l’on ait un peu plus d’enseignantes !"

Imprimer : imprimer Partager:
CREPS Aquitaine - 653 cours de la Libération - 33405 Talence Cedex - Tel : 05 56 84 48 00 - Fax : 05 56 84 48 01