Dernière Mise à Jour : 2 mai 2013

JUDO : Interview de Lucie DECOSSE

Championne au palmarès immense, Lucie DECOSSE a eu la gentillesse d’accorder au CREPS de Bordeaux un entretien au dojo judo, vendredi 26 avril, tandis que le regroupement touchait à sa fin.

Pour rappel et avant de retrouver ci-dessous l’intégralité de l’interview, voici (l’essentiel) de son incroyable palmarès :

Championne d’Europe des -63 kgs en 2002, 2007 et 2008
Championne d’Europe des -70 kgs en 2009

Championne du Monde des -63 kgs en 2005
Championne du Monde des -70 kgs en 2010 et 2011

Vice-championne olympique en -63 kgs en 2008 (PEKIN)
Championne olympique en -70 kgs en 2012 (LONDRES)


ENTRETIEN : 

Comment s’est passée ta semaine au CREPS (22-26 avril) ?

"Elle s’est bien passée, j’ai profité du regroupement des pôles France des juniors pour m’entraîner, comme c’était la semaine des championnats d’Europe et que je ne participais pas à ces championnats, ça m’a permis de faire une semaine d’entraînement normale."

Alors justement, comment vis-tu les championnats d’Europe "de loin" ?

"Je les vis bien ! (rires). C’était un choix de ma part de ne pas y participer pour préparer les championnats du Monde, donc à partir de là il n’y a pas de souci, j’ai suivi hier (jeudi 25/04) les médaillés du jour et puis ce weekend je reste dans la région donc je vais suivre ça aussi."

Comment vis-tu ton année post-olympique, au niveau médiatique et au niveau sportif ?

"Au niveau sportif, ça a été dur les premiers mois de reprendre l’entraînement. Mais maintenant je suis relancée et j’ai pour objectif les championnats du Monde de RIO, donc je suis rentrée dans une préparation normale, qui ressemble à la préparation des Jeux.
Après, médiatiquement, le titre ça change un petit peu la vie parce qu’il y a plus de sollicitations et il faut gérer ça."

Tu prévois ta fin de carrière ?

"Elle est prévue après ces championnats du Monde, je combats fin août, c’est mon dernier championnat, après j’arrête."

Cédric CLAVERIE et Jean-Pierre MILLON (entraîneurs du pôle France de Bordeaux) nous parlaient récemment des nouvelles règles du judo, est-ce que tu peux nous les expliquer, est-ce que tu penses que c’est une bonne évolution du judo, et comment ça impacte sur ton judo à toi ?

"En fait les nouvelles règles sont faites pour favoriser les attaques et le spectacle. Il y avait beaucoup de séquences, beaucoup de matchs, avec peu d’attaques mais beaucoup de stratégie sur le kumi kata (travail de préparation consistant à agripper ses mains sur le kimono adverse pour se positionner de façon avantageuse). Pour favoriser les attaques, dorénavant on est sanctionné sur certaines prises de kimono. Et surtout le règlement interdit tous les contres où l’on a besoin de poser un appui en-dessous de la ceinture de l’adversaire. C’est dorénavant plus difficile de contrer, sans pouvoir tenir les jambes de l’adversaire"

Si le contre est plus difficile, cela signifie que l’on peut attaquer avec un peu plus de sécurité, donc ça favorise le spectacle, c’est ça ?

"Oui, ça favorise l’attaque, parce qu’il y avait beaucoup d’attaques qui étaient contrables en allant chercher dans les jambes. Comme maintenant on a beaucoup moins de chances de se faire contrer, les gens recommencent à lancer des O-Soto-Gari, des Ushimata, donc ça donne beaucoup plus de Ippon. C’était le but de ce règlement.

Maintenant pour moi ça ne change pas trop pour cette partie du règlement, ça change sur la partie kumi kata, parce que j’avais une facilité à faire lâcher mon kimono par l’adversaire et d’attaquer."

Le kumi kata c’est la prise de kimono, c’est la chose la plus importante en judo parce que le but c’est de placer ses mains le mieux possible pour faire ses attaques.
Moi j’avais des facilités à faire lâcher mes adversaires avec mes deux mains, et aujourd’hui on ne peut plus mettre ses deux mains sur le bras de l’adversaire et le faire lâcher. On ne peut faire lâcher qu’à une main, sauf qu’à une seule main, on est une main contre une main, c’est dix fois plus dur. Donc ça change un petit peu mon judo parce que j’avais un système d’attaque...par exemple sur droitière, moi qui suis gauchère, j’avais un système d’attaque qui était basé sur ça, donc c’est un petit peu plus compliqué.

Ce qu’ils ont changé aussi dans le réglement c’est que les pénalités tombent beaucoup plus vite qu’avant, pour favoriser encore les gens à aller sur l’attaque, et comme moi j’ai un judo, en début de combat, assez passif entre guillemets, c’est pas très bon pour moi parce que je me fais pénaliser très très rapidement. Donc il faut que je m’entraîne là-dessus et que je me mette à faire des attaques plus tôt."

Revenons sur les changements de règles portant sur le kumi kata, elles ont aussi pour but de privilégier l’attaque, ou elles poursuivent un autre objectif ?

"C’est pas que ça favorise l’attaque, mais c’est surtout qu’on voyait qu’il y avait des cassures dans les combats, les combattants se faisaient lâcher, mais ils n’attaquaient pas forcément derrière. Ils s’attrapaient, se faisaient lâcher, ils s’attrapaient, se faisaient lâcher...pour éviter ça maintenant les gens peuvent moins faire lâcher, donc du coup ils sont obligés d’attaquer."

Quel regard portes-tu sur le CREPS de Bordeaux ?

"C’est un CREPS que je connais très très bien, j’ai fait mes premiers regroupements en équipe de France cadette ici en 1998, donc ça commence à dater. J’ai vu l’évolution de la salle de judo, qui n’était pas du tout comme ça dans ces années-là. Je suis vraiment habituée à venir ici, ça fait la troisième année de suite que je viens à cette période pour m’entraîner avec les juniors.
Voilà, après je vais de moins en moins à l’internat (rires), les premières années j’étais à l’internat, maintenant je dors à l’extérieur, cette fois-ci à l’hôtel de Guyenne (en face du CREPS)"

Sur ce stage, tu t’es entraînée avec les juniors garçons ?

"Je me suis entraînée avec les filles et les garçons. Avec les juniors garçons du pôle de Bordeaux et avec les filles de tous les pôles."

Une dernière question, ou plutôt deux dernières questions : après ces derniers championnats du Monde, comment vois-tu ta reconversion ?

"Quand je vais arrêter, j’ai envie de me reposer, de profiter de journées sans m’entraîner et sans penser au judo, et après on verra. J’ai fait des études de journalisme, donc j’espère pouvoir trouver une reconversion dans ce milieu. Mais je ne suis pas pressée, j’ai surtout envie d’en profiter, et je n’ai pas envie de passer d’athlète de haut-niveau à autre chose tout de suite. J’ai envie d’avoir une petite coupure."

Tu as un palmarès incroyable et on a coutume de dire que pour être performant, il faut bien se connaître : estimes-tu bien te connaître, est-ce que tu te découvres encore ?

"Je me suis découverte après les Jeux parce que je me suis retrouvée dans la situation où tu es champion olympique, tu as tout gagné, tu es champion du monde...tu te cherches des défis, et j’ai eu un moment un doute. J’ai pensé pendant quelques heures que j’allais arrêter, et finalement - oui ça c’est quelque chose que je ne savais pas de moi - j’ai réussi à me mettre un nouvel objectif qui est le championnat du Monde.
Après...je sais que je suis quelqu’un qui ne lâche rien, donc ça me ressemblait quand même de ne pas lâcher tout de suite !
Après, dans le quotidien, réussir à me motiver alors que j’ai tout gagné, je suis contente, car j’ai repoussé mes limites pendant des années et des années de carrière et là j’arrive encore une fois à le faire. Oui, ça me fait plaisir de voir que je suis capable d’aller aussi loin."

Merci Lucie pour ta disponibilité...souhaites-tu rajouter quelque chose avant de conclure ?

"Merci au CREPS de Bordeaux de m’accueillir à chaque fois, sachant que j’aime bien la proximité avec la salle d’escrime et j’ai eu l’occasion de tirer hier avec les jeunes du CREPS. Maître DI MARTINO m’a prêté sa tenue et j’ai tiré avec les jeunes, c’était la première fois que je faisais de l’escrime. Depuis des années que je viens au CREPS à chaque fois je passe lui dire bonjour, là je me suis dit, allez c’est l’occase."

Alors, tu as battu les filles du pôle ?

"Non non je ne les ai pas battues, j’étais assez timide ! Je suis gauchère au judo mais droitière dans la vie, donc là je me suis mise à droite, mais mon pied d’appui au judo était derrière, ça fait bizarre !
Et qu’est-ce qu’il fait chaud sous le masque ! et regarder à travers fatigue !
Je lançais mes jambes en arrière quand mon adversaire les menaçait, dans un automatisme propre au judo, mais complètement inadapté sur la piste de d’escrime ! Mais c’était sympa..."

 

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